Texte d’Annie Lapierre

Lundi 16 mai 2022

Hier a eu lieu un évènement important!

Aude PH et moi avons reçu le Prix de la Ministre en enseignement supérieur pour le site http://cpe-pn.ccdmd.qc.ca/ .

Cependant, ce prix n’est pas réellement pour moi.

Depuis les dernières années, j’ai reçu plusieurs témoignages d’étudiantes issues de Premières Nations au sujet de la langue et la culture disparue et comment cela les affecte profondément.

Les étudiantes témoignent qu’elles-mêmes vivent l’expérience de ne pas comprendre leur propre langue et ne pas pouvoir la transmettre aux enfants. Comment pouvons-nous explorer le principe d’apprentissage en petite enfance sans passer par la langue, la culture et l’identité propre des adultes qui interviennent auprès d’eux?

Durant plusieurs années j’ai eu beaucoup de difficultés, voir ressentir de la honte, d’enseigner avec des ressources audios et vidéos dépourvues de diversité culturelle. Une des missions des Centre de la petite enfance chez les Premières Nations est de transmettre la culture et la langue d’appartenance aux enfants pour en assurer la survie.

Les étudiantes travaillant déjà en CPE en territoire des Premières Nations nous disent vouloir augmenter le respect de la culture et de la langue et que cela soit reconnu comme

fondement dans leur CPE afin de grandir comme individus, comme Nations. Elles tiennent à être des modèles positifs pour les enfants, pour le futur. Elles savent et prônent que le développement de l’enfant passe par la culture, la langue, l’identité, le respect de soi.

Ce type de ressource est oui lié à des compétences de cours pour plusieurs programmes en Techniques humaines, mais plus profondément je souhaite tellement que ces outils servent aussi à rétablir des ponts et s’assurer que nos méthodes d’enseignement reflètent un respect fondamental de la culture et la langue à qui nous offrons nos programmes de formation collégiale.

C’est une responsabilité morale, sociale, pédagogique et historique que de créer ce type de ressources. Le développement d’outils accessibles sensibles culturellement gratuits pour tous est nécessaire pour créer des ponts, enrayer le racisme et la discrimination systémique. L’apprentissage de la langue et la culture passent par les enfants, c’est eux actuellement qui apprennent la langue au CPE et qui la ramènent à la maison pour à leur tour la montrer à leur parent, à qui on a enlevé les mots.

Comme Chantale Niquay mentionne dans son entrevue sur le site Web CPE Chez les Premières Nations: « Malheureusement, moi, je ne l’ai pas appris toute petite, mais il n’est jamais trop tard. » (http://cpe-pn.ccdmd.qc.ca/fiche/entrevue-avec-chantal-niquay ). Elle l’apprend des aînées comme jeune aînée et le transmet ensuite aux enfants.

Ce prix n’est donc pas pour moi, il est pour toutes ces femmes dans les communautés qui tiennent à bout de bras les CPE, avec leurs âmes, leurs cœurs. Ce sont elles qui ont fait que ce site existe. C’est en montrant qui elles sont, d’où elles viennent où elles veulent aller et comment elles le transmettent qui fait de cette ressource une merveille. C’est en nous montrant leurs pratiques éducatives sensibles culturellement et de qualité que les étudiantes voient à leur tour toutes les possibilités.

Ce site est aussi le fruit d’une immense collaboration entre le Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD), c’est grâce à ce porteur de projet que ce site a vu le jour. Un merci à Denis Chabot, chargé de projet au CCDMD. Merci à Guillaume Tremblay, Xavie Jean-Bourgeault et Ken Allaire d’avoir accepté de faire les tournages, le son, l’image et le montage des vidéos.

Merci tellement au CPE Auetissats incluant Patrimoine et Culture à Mashteuiatsh, le CPE Anjaboway à Chisasibi, aux éducatrices, conseillères pédagogiques, directions, coordinations, aux enfants et aux familles qui ont accepté généreusement de nous recevoir sur leur territoire.

Je désire souligner spécialement l’immense privilège que m’ont accordé Lise Savard, Leigh-Ann Gates, Pierre Larouche et Chantale Niquay par leurs témoignages et la transmission de leur savoir.

Merci à Aude PH, mon alter ego, de ta passion inépuisable de l’éducation à l’enfance et de m’avoir accompagné dans la création des exercices proposés sur le site.

Merci à toutes les personnes qui nous ont livré leurs judicieux commentaires et qui ont collaboré à la réalisation de ce projet d’une façon ou d’une autre : Lori Ann-Paige, coordonnatrice des programmes en éducation à l’enfance chez les Premières Nations et Inuit pour le Cégep de St-Félicien ainsi que son équipe d’enseignantes et Melissa Rodgers conseillère pédagogique pour les services à la petite enfance et à la famille au gouvernement de la Nation Cris. Une part de ce prix vous revient.

Enfin, merci à la directrice du Service aux Entreprises et aux Collectivités du Cégep de St-Félicien, Manon Gingras, d’avoir cru à ce projet qui ne fait qu’augmenter la qualité de la formation que nous bâtissons avec les Premières Nations. J’espère dans un avenir proche pouvoir augmenter le nombre de ressources de ce type, car ces vidéos sont la fondation d’une formation sensible culturellement. Sans ces ressources, la formation ne pourra jamais être à la hauteur des Premières Nations.

Annie Lapierre, 12 mai 2022