Pleins feux sur le préscolaire au Maroc
Le Maroc s’est engagé depuis 2018 dans une vaste réforme afin de généraliser l’accès à une éducation préscolaire de qualité. Le ministère de l’Éducation Nationale de la formation Professionnelle et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique (direction des curricula) avec l’appui de l’UNICEF développe alors un premier programme éducatif publié en 2018 : Le cadre curriculaire de l’enseignement préscolaire. Ce document cite en référence le Cadre pédagogique pour l’apprentissage des jeunes enfants (Flanagan, 2011, Île-du-Prince-Édouard), le Cadre d’orientation pédagogique de la maternelle (Direction des programmes d’études et de l’apprentissage, 2011, Nouveau-Brunswick) ainsi que le Programme d’apprentissage à temps plein de la maternelle et du jardin d’enfants (version provisoire, ministère de l’Éducation, 2010, Ontario).
Ce Cadre curriculaire de l’enseignement préscolaire cible le développement de six compétences éducatives. « Pour opérationnaliser et développer les compétences éducatives chez les enfants, et afin de tenir compte des spécificités du stade de développement, six domaines d’apprentissages ont été adoptés, et autour desquels s’organisent les diverses activités éducatives proposées dans les espaces d’apprentissages » (p. 44).
• Découverte de soi et de l’espace environnemental et technologique
• Construction d’outils de base pour organiser la pensée
• Construction d’outils de communication et d’expression linguistique
• Développement du comportement sensori-moteur
• Développement du goût artistique et esthétique
• Construction de valeurs et de règles de vie commune
Ce cadre curriculaire comporte notamment plusieurs suggestions de projets thématiques à réaliser avec les enfants. L’organisation des projets thématiques est détaillée et le déroulement des activités est ensuite proposé en fonction de chaque domaine d’apprentissage. Le personnel éducateur doit observer chaque enfant et compléter des grilles d’observation en fonction d’indicateurs établis. Ces observations sont consignées en format numérique à l’aide d’un téléphone intelligent fourni par la Fondation Marocaine pour la Promotion de l’enseignement Préscolaire (FMPS) : une association à but non lucratif créée le 10 mars 2008, suite à l’initiative du Conseil Supérieur de l’Enseignement et en collaboration avec le ministère de l’Éducation Nationale, le ministère de l’Intérieur et la Fondation Mohammed VI de promotion des œuvres sociales de l’Éducation-Formation).
L’engagement marocain pour une offre de services généralisée a donné lieu a un accroissement rapide du nombre de places de niveau préscolaire. À ce sujet, on retrouve ce graphique issu du site internet de la FMPS qui illustre le déploiement des classes dans tout le Royaume du Maroc et du nombre d’enfants les fréquentant. La FMPS joue un rôle central dans l’offre de service préscolaire marocaine, finançant maintenant près de 70% des classes préscolaires.

Au Maroc, l’organisation du préscolaire est similaire à la structure scolaire française, c’est-à-dire que les enfants de moins de deux ans peuvent avoir accès à des crèches. En effet, très peu d’écoles préscolaires offrant des classes de toute petite section (enfants de moins de 3 ans). Certaines écoles privées offrent des classes de petite section (3 ans), et les enfants de 4 ans se retrouvent en classe de moyenne section dans des écoles publiques et privées alors que les classes de la grande section regroupent des enfants de 5 ans, tant dans les écoles publiques que privées. Enfin, dans le but de respecter la culture marocaine, il y a généralement une alternance entre l’enseignement offert en français et en arabe ou autres dialectes dans certaines régions.
Voici quelques images de classes préscolaires (moyenne et grande sections) privées et publiques visitées en milieu urbain et rural.

LA FMPS conçoit et distribue du matériel pédagogique bilingue. Voici quelques exemples aperçus lors de nos visites.

Lors de notre rencontre, les membres de la FMPS nous ont informé de la création d’une émission éducative télévisuelle et d’une chaîne YouTube s’adressant aux enfants.
L’enseignement au Maroc est offert par un personnel éducateur et non un personnel enseignant. Le ratio moyen est de 25 enfants pour une éducatrice. Lors de notre passage, nous avons rencontré quelques éducateurs, cependant la proportion de femmes y est plus grande comme ailleurs dans le monde. L’enveloppe budgétaire actuelle ne permettant pas d’offrir un salaire au-dessus du salaire minimum. La formation requise pour être éducateur est de courte durée (BAC+1, équivalant à une année postsecondaire).
La nouveauté du programme et les changements qu’il apporte aux classes existantes engendrent la nécessité d’un soutien au développement du réseau, mais également celle de former de nombreux enseignants pour l’enseignement préscolaire. La FMPS s’affaire à développer des dispositifs d’évaluation des candidats éducateurs et la qualité de service du personnel en place par l’obtention d’un Label qualité. La FMPS met en place des mesures de formation continue et de supervision. La supervision est assurée par des personnes encadrantes qui sont responsables de soutenir environ une trentaine d’éducatrices à l’aide de visites d’observation, des rencontres individuelles, des ateliers de groupe de même que l’utilisation d’un groupe via l’application WhatsApp. En outre, suite à une collaboration avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, les premiers inspecteurs de l’Éducation nationale du Maroc ont achevé avec succès leur formation au Certificat d’Aptitude à l’Accompagnement des Pratiques Pédagogiques Préscolaires en 2022. Afin d’offrir une formation de qualité pour le personnel encadrant, une collaboration s’établit entre la FMPS et l’École Supérieure d’Éducation et de Formation à l’université Ibn Tofail (partenaire de ce projet collaboratif Québec-Maroc). Une licence en éducation, spécialisation préscolaire est présentement en cours d’élaboration. De plus, la FMPS est responsable d’un centre de recherche auquel collabore des membres de l’Équipe Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance.
D’ailleurs, dans le cadre d’échanges autour du développement de la formation en petite enfance, nous nous sommes entretenus avec des enseignants au sujet de la diversité de sujets potentiels pour l’encadrement d’étudiants aux cycles supérieurs en éducation à la petite enfance. En effet, il est prévu qu’à compter de l’an prochain, un programme de formation d’études supérieures soit offert à l’université Ibn Tofaïl, plus particulièrement à l’École Supérieure de l’Éducation et de la Formation (ESEF). L’université développe aussi en ce moment une halte-garderie pour le personnel et les étudiant.es; une aire de jeu a été aménagée et un espace enfants sera dédié à la bibliothèque.

Aussi, lors de notre dernière journée avec l’équipe de l’ESEF, nous avons offert un atelier de réflexion autour de l’image de l’enfant et du rôle du jeu libre à trois cohortes de futures enseignantes au primaire.

En conclusion, nous avons été accueillis par des personnes chaleureuses. Nous avons pu profiter, sentir et savourer les multiples saveurs des mets traditionnels du pays tout en nous laissant émerveiller par les paysages. De plus, nous avons pu apprendre quelques mots en arabe et avons pu discuter en toute aisance des traditions et de la culture de ce pays.

De gauche à droite :
Mustapha Hafid
directeur École Supérieure d’Éducation et de Formation, Université Ibn Tofail
Nancy Proulx
étudiante au doctorat, Université du Québec à Montréal
Alexandra Paquette
étudiante à la maîtrise, Université du Québec à Montréal
Joanne Lehrer
professeure-chercheuse, Université du Québec en Outaouais
Hasnae Benkirane
directrice des études, École Supérieure d’Éducation et de Formation, Université Ibn Tofail
Nisrine Ibn Abdeljalil
directrice générale adjointe, FMPS
Aziz Kaichouch
directeur général, FMPS

De gauche à droite :
Nancy Proulx
étudiante au doctorat, Université du Québec à Montréal
Joanne Lehrer
professeure-chercheuse, Université du Québec en Outaouais
Mustapha Hafid
directeur École Supérieure d’Éducation et de Formation, Université Ibn Tofail
Rabii Hammou
études islamiques, École Supérieure d’Éducation et de Formation, Université Ibn Tofail
Rabha Kissani
enseignante en didactique, École Supérieure d’Éducation et de Formation, Université Ibn Tofail
Abdelilah Charyate
enseignant en psychologie, École Supérieure d’Éducation et de Formation, Université Ibn Tofail