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Voici de courts récits de deux étudiantes et deux chercheuses ayant participé à des visites de milieu d’éducation aux jeunes enfants dans la ville de Reggio Emilia.

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Le congrès EECERA a offert à ses participants l’occasion de découvrir différentes facettes de la culture italienne. La visite des services de garde éducatifs de la région Reggio Emilia constitue certainement un événement marquant pour moi. J’en retiens principalement la grande créativité démontrée par les milieux et leur proximité avec la nature. La créativité se retrouvait non seulement dans l’utilisation innovante de matériaux et d’éléments de la nature, mais aussi par l’organisation de l’espace physique. Celui-ci était très ouvert et me semblait laisser libre cours à la créativité de l’enfant. 

 

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J’ai également perçu cette ouverture comme une occasion de créer des échanges, de vivre ensemble. La relation étroite entre la communauté et les enfants mise en évidence lors de cette visite est un autre aspect mémorable. De nombreuses traces des créations des enfants sont placées à la vue des parents et membres de la communauté. L’attention portée aux créations des enfants et à la documentation de leur processus d’élaboration témoigne de la valeur accordée à la petite enfance et l’importance qu’elle occupe au sein de la communauté.

Catherine Julien

 

 

 

Pour moi qui mène un projet de recherche en CPE s’inspirant de l’approche de Reggio Emilia, c’était une chance incroyable que de visiter ces lieux d’éducation qui inspirent. J’ai été frappé par la diversité des jeux proposés à l’extérieur de même que par la dimension de ces espaces favorisant un contact avec la nature. Je fus particulièrement touchée de me retrouver dans des lieux que j’ai fréquentés si souvent en images ou en vidéos. J’ai d’ailleurs trouvé formidable l’opportunité de faire l’achat de matériel documentant des projets spécifiques à chacun des milieux visités. Ce trésor précieux que j’ai ramené dans mes valises nourrit la réflexion quant à mon travail pédagogique auprès des jeunes enfants. Ces images nouvelles et les propos qui les accompagnent alimentent mon bagage de situations simples à travers lesquelles l’image de l’enfant comme compétent et plein de ressources peut être valorisée. De plus, l’achat de ces outils permettant de contribuer à l’autofinancement des milieux.

 

 

La force de la reconnaissance qui sont accordés a à l’enfance dans cette ville nous ont également été démontrée par la présence d’images décrivant un projet dans un tunnel près de la gare. Nous avons également eu la possibilité de visiter le Loris Malaguzzi international center dont vous pouvez trouver les informations en suivant ce lien : http://www.reggiochildren.it/centro-internazionale-loris-malaguzzi/?lang=en.

 

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Le centre est un lieu d’exploration, par ces divers ateliers où la manipulation de divers types de matériel est possible et valorisée. C’est également un lieu de conservation d’une multitude d’informations et de projets documentés de différentes façons, à grande et petite échelle. Ce fut une magnifique journée, jamais assez longue, mais oh combien stimulante !

 

 

Alexandra Paquette

 

 

 

Le 29 août dernier, j'ai eu la chance de visiter deux milieux éducatifs dans la charmante ville de Reggio Emilia, en Italie. La première visite s'est déroulée dans des classes maternelles Bruno Munari. Munari était un artiste (peintre, sculpteur, dessinateur, designer), mais aussi un auteur et illustrateur de livres pour enfants. L'édifice dans lequel se trouvaient les trois classes de maternelle faisait partie de la communauté, car elles se trouvaient dans un bloc appartements. Le personnel enseignant qui nous a accueillis a d'ailleurs évoqué que "the school is in the house", en nous présentant un plan qui détaillait chacun des étages (N = 2) de l'école. Elles nous ont informés que les parents et la communauté ont participé à l'aménagement de l'école. Trois classes composaient ce milieu éducatif : un groupe de 3 ans, un second de 4 ans et un dernier de 5 ans. L'espace extérieur était aménagé de telle sorte que la communauté et les enfants pouvaient s'y retrouver : un jardin communautaire s'y trouvait, de même que du matériel de jeu (p.ex. troncs de bois, figurines d'animaux, bacs d'eau, crayons, pinceaux, etc.). L’aménagement offrait de nombreux liens entre les environnements intérieur et extérieur : par exemple, des matériaux polyvalents et naturels (bois, roches, plantes) se trouvaient à l'intérieur, les enfants avaient un accès direct à la cour, on observait la présence de plantes à l'intérieur, etc. 

 

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À l'intérieur, chacune des classes était divisée en aires de jeu, où différents objets étaient placés de manière à "provoquer" l'action chez l'enfant. Par exemple, nous trouvions des feuilles, cartons, crayons, etc. sur les tables, qui étaient prêts à usage. Dans le coin blocs, nous pouvions observer des structures qui avaient été commencées, puis laissées en plan. Le matériel n'était pas rangé, ce qui pouvait inciter l'enfant à l'exploration, la manipulation, la découverte de son environnement. Il s'agissait alors de donner des idées à l'enfant pour susciter sa création, et non lui imposer des activités dirigées et toutes prêtes. De plus, nous pouvions observer différents outils permettant la documentation pédagogique. Par exemple, plusieurs photos étaient affichées sur les murs, un babillard "informations aux parents" était disposé devant chacun des locaux et des cahiers de notes étaient présents dans toutes les aires de jeu. La documentation pédagogique permet à l'enseignant.e d'observer le processus d'apprentissage et de développement de l'enfant, afin de l'accompagner selon ses propres besoins. Cela permet de mieux connaitre l'enfant pour ensuite soutenir son processus de création (p.ex. questionnement, expérimentation, réflexion). La documentation permet ainsi de complexifier le jeu de l'enfant, par exemple en repensant l’aménagement et le matériel (enlever, ajouter, déplacer).

 

 

Le deuxième milieu visité était un « toddlers center" qui se nommait Panda. L'édifice était aménagé en cercle, ce qui permettait de créer une aire centrale commune à tous les groupes dans l'établissement. Dès notre arrivée, nous pouvions observer l'importance accordée à l'environnement naturel : jardin, beaucoup d'espace permettant l'exploration de la part des enfants, matériel disposé dans la cour pour alimenter les situations de jeu, etc. 

 

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À l'intérieur du bâtiment, nous trouvions plusieurs plantes naturelles dont les enfants prenaient soin, de même qu'une verrière qui donnait directement accès à la cour extérieure (l'espace était vitré et construit à travers les aires de jeu communes). Les éducatrices qui nous accueillaient ont expliqué que les enfants participaient aux tâches quotidiennes, ce qui leur offre des possibilités d'apprentissage et de développement. Par exemple, les enfants travaillent en petites équipes pour accomplir des tâches telles que mettre la table, s'occuper des plantes, etc. Dans le centre Panda, un cuisinier occupait un emploi à temps plein; il faisait alors partie de l'environnement éducatif et il invitait les enfants à prendre part aux tâches reliées aux repas.

 

 

En somme, dans les deux milieux visités, nous pouvions observer l'importance de miser sur le processus de création de chaque enfant. Les milieux éducatifs s'avéraient chaleureux et calmes, et on trouve plusieurs matériaux naturels (p.ex. bois, plantes, roches, etc.). L'environnement encourageait les enfants à interagir avec les autres (aires communes), mais on pouvait aussi remarquer des espaces où l'enfant pouvait se retirer. Enfin, les milieux visités incitaient les enfants à s'exprimer et à apprendre à travers différents médiums et différents types de langage (p.ex. dessin, musique, danse, construction de blocs, interactions entre pairs, contact avec la nature, etc.). Le rôle de l’adulte consiste à ainsi à observer le processus d'apprentissage de chaque enfant, de manière à le soutenir, tout en l'invitant à prendre sa place dans le milieu éducatif.

 

 

Sur le plan personnel, ces visites ont été plus qu'inspirantes !

Stéphanie Duval

 

 

 

Quand j’ai fait ma formation initiale en enseignement primaire et éducation préscolaire, en 1995, on m’a présenté l’approche Reggio Emilio à travers des lectures et des vidéos. J’étais émerveillée. En 2000, quand j’ai eu une poste en éducation préscolaire, les formations continues que j’ai suivies incluaient aussi souvent des vidéos des écoles préscolaires dans cette ville italienne, et j’ai tenté, sans beaucoup de succès, d’inclure certaines des idées dans ma pratique. En faisant un retour aux études aux cycles supérieurs plusieurs années plus tard, j’ai continué d’approfondir mon intérêt pour cette approche, ainsi que d’autres approches novatrices en éducation à la petite enfance à travers le monde, et en particulier pour la documentation pédagogique qui soutient le processus réflexif des éducatrices. Par la suite, en tant que conseillère pédagogique je suis devenue consciente de toutes les contraintes structurelles de notre système qui nous empêchent de mettre des pratiques semblables en action dans les CPE, mais ceci ne m’a pas empêché de servir de ces pratiques et approches afin d’inspirer mes étudiantes au cégep et dans les programmes de certificat de l’UQAM. Finalement, en tant que membre de CA du CPE Tortue Têtue à l’UQAM, j’ai pu observer la mise en place d’un CPE inspiré par l’approche Reggio, malgré les mêmes contraintes que j’avais vécu en tant que CP.

 

 Cet été, j’ai présenté une communication au colloque de l’EECERA à Bologne et j’ai appris qu’on avait la possibilité de visiter la ville de Reggio Emilia, ainsi que le centre Loris Malaguzzi et deux écoles préscolaires, une pour des enfants de 0 à 3 ans et l’autre pour des enfants de 3 à 6 ans. Je me suis inscrite immédiatement, et je n’étais pas déçue de mon expérience. En descendant du train j’ai suivi les centaines d’autres chercheures, praticiennes et étudiantes en éducation à la petite enfance. J’étais avec Alexandra, la coordinatrice de l’Équipe, et on a vu des panneaux de documentation dans les tunnels qui nous menaient sous la station de train vers le centre Malaguzzi. Au centre, nous avons eu droit à des conférences, une visite des ateliers, un diner, et une visite à la boutique, où j’ai acheté tous les livres disponibles en français (il y avait 1). Ensuite, on a embarqué dans des autobus pour nos visites des escuelas préscolaires. Comme c’était l’été, il n’y avait aucun enfant, mais les éducatrices étaient présentes afin de répondre à nos questions. Ce qui m’a beaucoup marqué c’était :

 

 

l’éducatrice qui a expliqué qu’ils changent l’aménagement des locaux après la première visite des enfants et leurs familles, en fonction des intérêts des enfants, les rampes pour grimper au dortoir situé sur une mezzanine, les « jardins d’hiver, » des salles vitrées afin que les enfants puissent jouer dehors, protégés des éléments, et la citation sur le mur de l’escuela Robinson qui se traduit comme cela « paradoxalement, nous voulons une école qui apprendra aux enfants à désobéir, afin que les enfants puissent former leurs caractères, être lui-même et avoir la force et l’intelligence de s’exprimer comme il le voudra. »

 

 

Je sais que ce n’est pas facile, que nous n’avons pas les conditions, ni le soutien politique pour investir dans l’éducation à la petite enfance comme condition essentiel d’une démocratie, d’investir dans les enfants dans le ici et le maintenant sans penser à des retombés économiques plus tard, mais cette visite continue de nourrir mon désir de lutter pour cette vision des enfants compétents et ayant des droits de participation à la société, cette visite m’a inspiré et j’espère qu’avec mes collègues de l’Équipe, mes collègues de l’UQO, mes étudiants et étudiantes, et les partenaires des milieux de l’Éducation, nous arriverons, tranquillement, à trouver nos propres façons de dépasser ce que nous croyons être capables d’offrir à nos jeunes enfants et leurs familles.

 

Joanne Lehrer

 

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