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L’éducation à la petite enfance — une priorité fédérale ?


Joanne Lehrer, UQO

 

Le 12 juin 2017, Emploi et développement social Canada a annoncé un accord entre le gouvernement fédéral et les provinces et territoires sur un Cadre multilatéral pour l’apprentissage et la garde des jeunes enfants, ce qui signifie, selon l’Association canadienne pour la promotion des services de garde à l’enfance (ACPSGE), une réactivation du rôle du gouvernement fédéral en matière de services de garde. Bien qu’il souscrive aux principes généraux du Cadre multilatéral d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, le gouvernement du Québec n’a pas adhéré à ce cadre, car il entend conserver la responsabilité exclusive dans ce domaine sur son territoire. Il s’attend toutefois à recevoir sa part des fonds fédéraux et à investir des sommes importantes afin d’offrir des programmes et des services aux familles et aux enfants (Emploi et développement social Canada, 2017). Cet accord ne met pas de l’avant une politique-cadre pour créer un véritable système universel et inclusif des services d’éducation à la petite enfance de qualité à prix abordable à l’échelle du Canada. Il inclut toutefois des idées soulignant l’importance de la qualité, l’accessibilité, l’universalité et l’inclusion, idées déjà soulevées par notre Équipe dans les mémoires présentés à l’Assemblée Nationale en 2015 (Bigras, N., Lemay, L., Brunson, L., Charron, A., et al., 2015; Bigras, N., Lemay, L., Brunson, L., Lehrer, J., et al., 2015). L’accord a été critiqué par plusieurs organismes canadiens (Association of early childhood educators ontario, Child Care Advocacy Association of Canada, Canadian Child Care Federation, Public Service Alliance of Canada, Canadian Union of Public Employees, Alberta Federation of Labour) puisqu’aucun investissement à long terme n’a été annoncé, malgré un engagement financier de 100 millions de dollars pour « l’innovation » et de 95 millions pour la recherche d’ici 2028.

 

Le 18 juillet 2017, des partisans et défenseurs de l’éducation à la petite enfance de tout le Canada se sont réunis à Ottawa pour discuter des défis politiques actuels qui empêchent les familles d’avoir accès à des services d’éducation à la petite enfance de qualité, inclusifs et à prix abordable. Il y avait des représentants de chaque province et territoire, ainsi que des organismes fédéraux. Marie-Claude Lemieux, de l’AQCPE, Christa Japel de l’UQAM, et moi-même étions présentes. Les objectifs de la réunion étaient de partager de l’information sur la situation des services d’éducation à la petite enfance dans nos régions, d’élaborer une approche stratégique afin de faire progresser une vision collective, et d’établir un réseau afin de poursuivre notre engagement dans une lutte commune pour des services universels de qualité. Pour un compte rendu de la rencontre, cliquez ici. Lors de cette rencontre, les participants et participantes ont affirmé leur soutien pour la vision commune formulée par l’ACPSEG en 2015, proposant que les d’éducation à la petite enfance soient reconnus comme un droit pour tous et un bien public et que cette reconnaissance se traduise par une politique-cadre fédérale (comme la loi canadienne sur la santé, mise en place en 1966, qui encadre les services de santé régis par les provinces), du financement à long terme et un réseau sain. Cette vision commune se formule ainsi : « en 2020, les familles de tous les types et dans et dans toutes les collectivités trouvent des services d’éducation à la petite enfance de qualité et abordables, les éducatrices ont des bonnes conditions de travail, et un salaire en advenant, le fédéral, les provinces et les municipalités travaillent de concert avec les éducatrices, les conseils scolaires et les parents. Tous les enfants ont accès à un système complet et universel de services de garde à l’enfance ». Pour en savoir plus, cliquez ici.


Cette semaine, le gouvernement fédéral a annoncé une hausse à l’allocation canadienne pour enfants, sans un investissement pour les services d’éducation à la petite enfance. Malgré le fait que je sois critique de l’argument économique qui met l’accent sur l’avenir des enfants en dépit de leur bien-être actuel (Moss, 2014; Vandenbroeck, 2017), le rapport du Conference board du Canada portant sur les retombées économiques d’un élargissement de l’éducation et des soins à la petite enfance au Canada qui est paru cette semaine ajoute une autre voix à la mobilisation grandissante pour la hausse de la qualité de l’Éducation offerte aux jeunes enfants. Au moment où notre gouvernement québécois ne semble pas valoriser le travail fait au quotidien dans le réseau des services de garde éducatifs à l'enfance, et au moment où l’importance de maintenir et d’élargir un réseau public et gratuit, semble primordial (voir plus ici), devrions-nous explorer la possibilité de joindre la mobilisation fédérale afin d’assurer la pérennité et l’extension de notre réseau sans but lucratif?

 

Consultez le rapport du Sommet national sur la promotion des services de garde à l’enfance au Canada ici.